15 juin 2004

Kung-Fu, figure du coach

Peut-être les lecteurs de ma génération se souviendront-ils de la série télévisée Kung-Fu ? Réfléchissant à certains de mes maîtres et modèles, je me suis rappelé les longues soirées de veille que je m'imposais pour ne manquer aucun épisode de cette série qui met en scène un ancien moine Shaolin, Kwai Chang Caine, incarné par David Caraddine, qui sillonne à pied le Far-west américain. Qu'avait de si passionnant ce personnage au visage impassible ? Aujourd'hui, pour moi, la réponse est évidente : il était la figure du coach ! (Et cela même si je ne connaissais pas ce mot, qui n'avait pas encore franchi les limites des arênes sportives pour connaître le succès que nous savons.

Caine est un de ces réprouvés, généralementvictimes de complots ou d'erreurs judiciaires (voir le Fugitif, et d'autres encore) qui peuplent les séries américaines des années 70. C'est un exilé, qui a cette particularité très exotique d'avoir été élevé dans un monastère bouddhiste et de rester fidèle à l'enseignement de ses maîtres – maîtrise de soi, non-violence, compassion. De fréquents flash-backs émaillent les épisodes de Kung-Fu, pour nous rappeller les leçons et les expériences qui ont forgé l'extraordinaire force de caractère de « Petit Scarabée », sa philosophie de la vie. Et Caine en a bien besoin ! Au long de son errance à travers l'Amérique profonde, en butte au racisme et à la méfiance suscité par sa condition de Chinois errant, sans cesse confronté à la violence, il n'y répond que contraint et forcé. Cependant c'est bien la question de la relation d'aide qui est au cœur de cette série. Ce héros humble, quasi mutique, est un agent du changement. Dans chaque épisode de la série, ceux qu'il rencontre commencent par le mépriser avant de découvrir en lui un maître de sagesse. Maître paradoxal, puisque à la fois rompu aux techniques de combat du Kung-Fu et adepte de la non-violence, démuni mais riche « à l'intérieur », vagabond en errance et cependant mieux ancré dans le monde que ceux qu'il rencontre, et qu'il aide à se « recentrer » par l'exemple qu'il incarne d'une affirmation de soi tranquille, sans rivalité, jalousie, ni cupidité. Il ne professe pas, et cependant il enseigne. Il prodigue de rares conseils, pour inciter toujours à une modération dans laquelle on reconnaîtra sans doute la « voie du Milieu » - telle que l'interprêtent en tout cas les scénaristes de la série. Puis, sa tache accomplie, il s'éloigne seul dans le soleil couchant. C'est lui, en somme, qui gère la relation. Il tire son pouvoir bénéfique de son altérité (chinois, porteur d'une autre culture, homme de passage) et du fait qu'il intervient d'une manière ponctuelle (comme le coach tire son efficacité de se situer hors de l'organisation à laquelle appartient son client). Voilà une parfaite allégorie du « coach » ! Un coach qui ne serait pas un conseilleur, ni un entraîneur obsédé par la performance, mais un agent de transformation, un révélateur de ressources, un catalyseur de la connaissance de soi. Lorsque ça fonctionne. J'y reviendrai.

Posté par traverson à 10:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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