21 juin 2004

Du sentiment de la violence faite au demandeur d'emploi

 

Le demandeur d'emploi, s'il a le sentiment que sa situation s'éternise, doit trouver (donner) un sens à la violence sociale qui l'a projeté dans une position qu'il vit souvent comme la preuve d'une exclusion, d'un rejet. L'isolement qui s'ensuit est propice à la rumination. Parfois c'est un sentiment de révolte à l'égard du système économique tout entier.

 

Dans les périodes de tension sur le marché de l'emploi, les entreprises revoient les budgets à la baisse : les cost-killers font leur apparition. Ils ont pour tache de dégraisser, de licencier. Pour ceux qui font les frais de ces politiques, la rancœur peut être forte. Le danger serait de s'arrêter à une vision à sens unique de l'entreprise-mâratre, pilotée par d'infâmes suppôts du grand capital. Si l'injustice existe bel et bien, il faut prendre garde aux généralisations qui réduisent la réalité à un fantasme. Le monde extérieur n'a pas pour objectif de refouler le demandeur d'emploi, même s'il peut en nourrir le sentiment. Et le recruteur n'a pas nécessairement pour volonté de déstabiliser le candidat qui se présente devant lui, même si sa maladresse ou une froideur apparente pourraient le laisser croire. Cela peut être pour lui une attitude de protection, étant donné la disparité des enjeux. Pour l'un, il s'agit de remplir une case dans un organigramme, pour l'autre (le candidat) l'enjeu est aussi personnel, et il arrive que la décision de celui qu'il rencontre soit investie d'une charge énorme. Cette dissymétrie des positions est une source fréquente de malentendus.

 

On ne peut perdre de vue que l'entreprise est soumise à un perpétuel changement. Des salariés quittent leur poste, et d'autres les remplacent. Croissance, décroissance ; naissance, mort. Il arrive que les conditions difficiles d'un départ amènent par la suite une personne à vivre dramatiquement toute relation avec celui ou celle qui dispose d'un pouvoir de décision sur leur avenir professionnel. Ce surinvestissement est une source d'échec, il doit être reconnu et analysé pour être dépassé. Celui ou celle que nous rencontrons dans le cadre d'une recherche d'emploi n'est pas simplement le rouage d'un système voué à nous broyer, mais un homme ou une femme qui fait comme il peut… Si vous l'aidez dans sa tâche, il ou elle vous en saura gré.

Posté par traverson à 11:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Du sentiment de la violence faite au demandeur

Nouveau commentaire