07 juin 2004

Sur la psychanalyse

Psychanalyse : qu'apporte l'exploration du passé, le retour sur soi ? On y vient sans doute par goût des structures et des ressorts cachés, par ce jeu de chercher sous la surface ce qui motive la vague et la pousse irrésistiblement vers la plage où elle se brise. C'est le travail du chercheur. Prendre en considération toutes les vaguelettes, pour entendre ce qu'elles disent de l'événement qui les a fait naître, en d'autres temps et d'autres lieux : sillages ou cyclones.

Souvenir de ce propos légèrement condescendant d'un « coach » au sujet d'un travail, l'analyse, qui consiste selon lui à « gratter le bobo ». Message implicite : nous on va à l'essentiel, on est tourné vers l'avenir, la réalisation, le succès. Mais comment alors éviter les « y a qu'à » et les « faut qu'on », les « faites ci » et « faites ça », les incantations du gourou de secours ?

Il est inutile de chercher à justifier autrement que par une recherche personnelle « gratuite » une quête analytique, s'il s'agit seulement pour nous de réussir, de parvenir à libérer une certaine dose de « succès », ici et maintenant, en évitant surtout d'évoquer tout ce qui, enfoui, nous mobilise secrètement. Recouvrons-donc d'un voile pudique ce « bobo » que l'on ne saurait voir, et qu'il conviendrait de ne pas montrer. Il ressurgit ? Coulons-le dans le béton et expédions-le par le fond, où il continuera d'irradier tel un déchet atomique, et de contaminer à bas bruit.

Il apparaît que l'analyse n'a pas de fin. Elle ne débouche sur aucun résultat tangible, mais participe simplement du « connaîs-toi toi-même » socratique. Elle est une attitude de recherche et d'exploration. Elle n'est pas un cataplasme ou une rééducation. J'admet qu'elle soit exigente et contingente – la vie ne l'est-elle pas ? Mais elle a cette qualité immense de s'en tenir (partir et revenir) au singulier en laissant vide la place de Dieu. Elle rejoint ainsi l'enseignement de toutes les sagesses, pour qui la Vérité Une n'est jamais qu'un idéal, que l'on approche en se débarrassant peu à peu de ses illusions sur la vie, le monde, ou soi.

Pour paraphraser le coach cité plus haut, le « bobo » que nous grattons en analyse n'est-il pas en somme cet ombilic irréductible dont la reconnaissance (au sens de celle qu'effectue l'éclaireur) s'impose, parce qu'il est la marque de notre fabrique – et pour ne pas mourir idiot ? 

Posté par traverson à 12:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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