TROISIEME VOIE

29 juin 2004

La position Méta

 

C'est la position qui consiste à considérer ce qui se passe, au moment où cela se passe, depuis une position imaginaire en surplomb. Et quand on dit en surplomb, il ne s'agit pas de définir ainsi une quelconque position de supériorité morale ou intellectuelle. D'un point de vue topologique, c'est le moyen que nous pouvons avoir d'embrasser une situation le plus largement, en s'incluant dedans comme un acteur parmi les autres. Je crois que c'est une des données de la psychanalyse, de nous entraîner à prendre en compte ce point de vue « objectif » (bien sûr, il ne l'est pas). C'est probablement le cas de toutes les pratiques psychologiques. Il n'est pas jusqu'au Zen, où l'on ne décèle pas quelque chose qui ressemble à cette position méta. Dans la méditation, le pratiquant est invité à considérer, sans s'y attacher, les « formations mentales » qui se succèdent en lui, pensées, émotions, souvenirs, sensations, etc. Il lui est demandé de les observer avec attention sans les susciter ni les retenir, sans surtout porter sur elles de jugement. Cette instance, ce gardien de l'esprit, n'est-il pas un avatar de la position méta ?

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21 juin 2004

Du sentiment de la violence faite au demandeur d'emploi

 

Le demandeur d'emploi, s'il a le sentiment que sa situation s'éternise, doit trouver (donner) un sens à la violence sociale qui l'a projeté dans une position qu'il vit souvent comme la preuve d'une exclusion, d'un rejet. L'isolement qui s'ensuit est propice à la rumination. Parfois c'est un sentiment de révolte à l'égard du système économique tout entier.

 

Dans les périodes de tension sur le marché de l'emploi, les entreprises revoient les budgets à la baisse : les cost-killers font leur apparition. Ils ont pour tache de dégraisser, de licencier. Pour ceux qui font les frais de ces politiques, la rancœur peut être forte. Le danger serait de s'arrêter à une vision à sens unique de l'entreprise-mâratre, pilotée par d'infâmes suppôts du grand capital. Si l'injustice existe bel et bien, il faut prendre garde aux généralisations qui réduisent la réalité à un fantasme. Le monde extérieur n'a pas pour objectif de refouler le demandeur d'emploi, même s'il peut en nourrir le sentiment. Et le recruteur n'a pas nécessairement pour volonté de déstabiliser le candidat qui se présente devant lui, même si sa maladresse ou une froideur apparente pourraient le laisser croire. Cela peut être pour lui une attitude de protection, étant donné la disparité des enjeux. Pour l'un, il s'agit de remplir une case dans un organigramme, pour l'autre (le candidat) l'enjeu est aussi personnel, et il arrive que la décision de celui qu'il rencontre soit investie d'une charge énorme. Cette dissymétrie des positions est une source fréquente de malentendus.

 

On ne peut perdre de vue que l'entreprise est soumise à un perpétuel changement. Des salariés quittent leur poste, et d'autres les remplacent. Croissance, décroissance ; naissance, mort. Il arrive que les conditions difficiles d'un départ amènent par la suite une personne à vivre dramatiquement toute relation avec celui ou celle qui dispose d'un pouvoir de décision sur leur avenir professionnel. Ce surinvestissement est une source d'échec, il doit être reconnu et analysé pour être dépassé. Celui ou celle que nous rencontrons dans le cadre d'une recherche d'emploi n'est pas simplement le rouage d'un système voué à nous broyer, mais un homme ou une femme qui fait comme il peut… Si vous l'aidez dans sa tâche, il ou elle vous en saura gré.

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15 juin 2004

Kung-Fu, figure du coach

Peut-être les lecteurs de ma génération se souviendront-ils de la série télévisée Kung-Fu ? Réfléchissant à certains de mes maîtres et modèles, je me suis rappelé les longues soirées de veille que je m'imposais pour ne manquer aucun épisode de cette série qui met en scène un ancien moine Shaolin, Kwai Chang Caine, incarné par David Caraddine, qui sillonne à pied le Far-west américain. Qu'avait de si passionnant ce personnage au visage impassible ? Aujourd'hui, pour moi, la réponse est évidente : il était la figure du coach ! (Et cela même si je ne connaissais pas ce mot, qui n'avait pas encore franchi les limites des arênes sportives pour connaître le succès que nous savons.

Caine est un de ces réprouvés, généralementvictimes de complots ou d'erreurs judiciaires (voir le Fugitif, et d'autres encore) qui peuplent les séries américaines des années 70. C'est un exilé, qui a cette particularité très exotique d'avoir été élevé dans un monastère bouddhiste et de rester fidèle à l'enseignement de ses maîtres – maîtrise de soi, non-violence, compassion. De fréquents flash-backs émaillent les épisodes de Kung-Fu, pour nous rappeller les leçons et les expériences qui ont forgé l'extraordinaire force de caractère de « Petit Scarabée », sa philosophie de la vie. Et Caine en a bien besoin ! Au long de son errance à travers l'Amérique profonde, en butte au racisme et à la méfiance suscité par sa condition de Chinois errant, sans cesse confronté à la violence, il n'y répond que contraint et forcé. Cependant c'est bien la question de la relation d'aide qui est au cœur de cette série. Ce héros humble, quasi mutique, est un agent du changement. Dans chaque épisode de la série, ceux qu'il rencontre commencent par le mépriser avant de découvrir en lui un maître de sagesse. Maître paradoxal, puisque à la fois rompu aux techniques de combat du Kung-Fu et adepte de la non-violence, démuni mais riche « à l'intérieur », vagabond en errance et cependant mieux ancré dans le monde que ceux qu'il rencontre, et qu'il aide à se « recentrer » par l'exemple qu'il incarne d'une affirmation de soi tranquille, sans rivalité, jalousie, ni cupidité. Il ne professe pas, et cependant il enseigne. Il prodigue de rares conseils, pour inciter toujours à une modération dans laquelle on reconnaîtra sans doute la « voie du Milieu » - telle que l'interprêtent en tout cas les scénaristes de la série. Puis, sa tache accomplie, il s'éloigne seul dans le soleil couchant. C'est lui, en somme, qui gère la relation. Il tire son pouvoir bénéfique de son altérité (chinois, porteur d'une autre culture, homme de passage) et du fait qu'il intervient d'une manière ponctuelle (comme le coach tire son efficacité de se situer hors de l'organisation à laquelle appartient son client). Voilà une parfaite allégorie du « coach » ! Un coach qui ne serait pas un conseilleur, ni un entraîneur obsédé par la performance, mais un agent de transformation, un révélateur de ressources, un catalyseur de la connaissance de soi. Lorsque ça fonctionne. J'y reviendrai.

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07 juin 2004

Sur la psychanalyse

Psychanalyse : qu'apporte l'exploration du passé, le retour sur soi ? On y vient sans doute par goût des structures et des ressorts cachés, par ce jeu de chercher sous la surface ce qui motive la vague et la pousse irrésistiblement vers la plage où elle se brise. C'est le travail du chercheur. Prendre en considération toutes les vaguelettes, pour entendre ce qu'elles disent de l'événement qui les a fait naître, en d'autres temps et d'autres lieux : sillages ou cyclones.

Souvenir de ce propos légèrement condescendant d'un « coach » au sujet d'un travail, l'analyse, qui consiste selon lui à « gratter le bobo ». Message implicite : nous on va à l'essentiel, on est tourné vers l'avenir, la réalisation, le succès. Mais comment alors éviter les « y a qu'à » et les « faut qu'on », les « faites ci » et « faites ça », les incantations du gourou de secours ?

Il est inutile de chercher à justifier autrement que par une recherche personnelle « gratuite » une quête analytique, s'il s'agit seulement pour nous de réussir, de parvenir à libérer une certaine dose de « succès », ici et maintenant, en évitant surtout d'évoquer tout ce qui, enfoui, nous mobilise secrètement. Recouvrons-donc d'un voile pudique ce « bobo » que l'on ne saurait voir, et qu'il conviendrait de ne pas montrer. Il ressurgit ? Coulons-le dans le béton et expédions-le par le fond, où il continuera d'irradier tel un déchet atomique, et de contaminer à bas bruit.

Il apparaît que l'analyse n'a pas de fin. Elle ne débouche sur aucun résultat tangible, mais participe simplement du « connaîs-toi toi-même » socratique. Elle est une attitude de recherche et d'exploration. Elle n'est pas un cataplasme ou une rééducation. J'admet qu'elle soit exigente et contingente – la vie ne l'est-elle pas ? Mais elle a cette qualité immense de s'en tenir (partir et revenir) au singulier en laissant vide la place de Dieu. Elle rejoint ainsi l'enseignement de toutes les sagesses, pour qui la Vérité Une n'est jamais qu'un idéal, que l'on approche en se débarrassant peu à peu de ses illusions sur la vie, le monde, ou soi.

Pour paraphraser le coach cité plus haut, le « bobo » que nous grattons en analyse n'est-il pas en somme cet ombilic irréductible dont la reconnaissance (au sens de celle qu'effectue l'éclaireur) s'impose, parce qu'il est la marque de notre fabrique – et pour ne pas mourir idiot ? 

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04 juin 2004

L'autre jour, déjeuner avec Christophe P. Il m'indique qu'il a lu les lignes qui précèdent (ou qui suivent, selon la logique antichronologique du blob). Pour lui, tout cela est obscur, et ajoute-t-il, "à la limite du foutage de gueule". La création est ingrate.

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03 juin 2004

«si nous voulons vivre dans la vérité, il nous faut nous défaire de l'illusion que notre épanouissement pourrait être l'objet d'un plan rationnel. La sagesse consiste à reconnaître que notre bien est toujours en devenir et qu'il ne prend forme qu'à mesure que nous vivons et nous exposons aux hasards de la vie».

Charles Larmore

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Attention au Blog !

Le mot blog évoque pour moi furieusement une affiche de cinéma. Celle d'un film de série Z américain intitulé "Attention au Blob !" qui passa un jour sur les écrans d'un cinéma de Fort-de-France. On voyait sur l'affiche une sorte d'énorme magma rose déferlant sur une ville de type New York, avec à l'avant-plan, dans un découpage typique de la filmographie catastrophe, les visages hurlants de citadins tentant de s'enfuir devant la chose. Cette affiche m'avait d'autant plus frappé que le film était interdit aux moins de douze ans, et que je ne pouvais donc le voir. Et que donc, j'en avais une furieuse envie. Mon imagination s'enflammait. Cela me semblait une excellente raison de devenir grand : pour échapper au barrage de la censure, et n'avoir à demander la permission à personne pour voir sur grand écran une amibe géante engloutir des Américains innocents à la pelle. Quelqu'un qui avait vu le film, un veinard, me rapporta que la chose, certainement d'origine extra-terrestre, grossissait au fur et à mesure qu'elle dévorait tout sur son passage, métabolisant tout à la vitesse de sa progression obèse. Tous les emmerdeurs, flics, femmes hystériques, badauds, disparaissaient dans sa panse pour constituer eux-même la matière suintante et amorphe de la démocratie en marche dans les rues de Bagdad.

Jettons des mots en pâtures au Léviathan pour qu'il les fasse disparaître dans le ventre infécond des machines.

Ma décision est donc prise, je ne parlerai plus de Blog, mais de Blob.

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19 mai 2004

Se contredire

 

Faire des plans, établir de savantes stratégies est d’une indéniable utilité, à la condition cependant des les oublier immédiatement. Projeter, et passer à autre chose. Ne pas figer le sens. Se contredire. Ce qui a été pensé viendra animer l’action, sous la surface l’organiser. Ca nous guidera, sans s’exprimer autrement que par les chemins souterrains de l’inconscience.

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Notre position / sa géographie

Pour tenir sa position il importe auparavant d'en définir une géographie. D'établir ce qui la fonde.

 

Tenir une position n'implique aucun immobilisme. La position dont il est ici question autorise le mouvement, et le guide. Elle est changement permanent, puisque le temps, la vie, sont changement – l'impermanence dont parle le bouddhisme. Tenir sa position, à moins sinon d'être mort, c'est changer sans cesse, en rythme, s'adapter aux circonstances, aux événements, à l'évolution des relations qui se tissent en nous et autour de nous. Simplement ce mouvement-là se déploiera dans un espace structuré par ce point de fuite (perspective) qui est en même temps ombilic (origine).

C'est une affaire de dignité. De progressif dénuement aussi peut-on dire, mais un dénuement qui s'accompagne d'une densification de l'être au présent. Il s'agit bien de se départir des certitudes, des commandements, des embrigadements et dominations de tous ordres, parentaux, nationaux, institutionnels, pour sans cesse tenir le cap de ce point polaire, virtuel, inaccessible, qui se confond avec l'idée de la mort inconnaissable.

Elle est, la mort, l'épreuve ultime de la dignité. Elle polarise chacune de nos existences. Nous ne faisons que nous y préparer. Dans le déni, même, nous établissons sa prééminence. Elle seule donne le sens de la vie. Inutile sans doute, comme le recommandait Montaigne d'y penser en toute occasion, à chaque instant ; tout ce que nous faisons ou ne faisons pas, non seulement nous en approche, mais nous y prépare. Il n'y a rien d'autre. 

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Le corps et sa posture

 

Vivre, c'est lutter contre la gravité. C'est résister à cette force qui domine toute autre et à laquelle, un jour pour de bon, tout ce qui vit succombe : quand on ne se relève pas.

Au sein de cette force omniprésente, nous avons à tenir notre position et, sauf dans le sommeil et l'avachissement, nous mobilisons l'ensemble de nos facultés, de perception, d'analyse et d'évaluation de notre position dans l'espace, nos capacités motrices, pour y parvenir. C'est une affaire qui nous occupe à chaque seconde, et pour cela nous n'en avons pas conscience. C'est automatique. Il n'empêche que c'est la grande affaire de notre vie, et la grande affaire du vivant.

Or il est possible, sur cette affaire de notre position de notre corps dans l'espace, de la manière dont nous le déployons, d'adopter une attention particulière : de prendre conscience de la posture, et donc de notre centre de gravité.

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